ENQUETE PUBLIQUE DU LYON TURIN FERROVIAIRE, FRET ET VOYAGEURS : UN PROJET CONTESTE PAR LES SAVOYARDS

Publié le par alternsavoie

 

DEFICIT DEMOCRATIQUE

L’enquête publique portant sur la partie française du Lyon Turin ferroviaire comprise entre Lyon et St Jean de Maurienne s’achève ce 19 mars après avoir été prolongée de deux semaines. D’une simple formalité pour les promoteurs du Lyon-Turin, l’enquête publique se transforme en débat populaire . A la Motte Servolex,  Chapareillan,  Vérel-de-Monbel, Les Molettes, Chambéry, dans chaque réunion publique organisée par RFF avec la Commission d’enquête, l’opposition des populations se fait entendre. Partout le long du tracé de la nouvelle ligne, les habitant.e.s commencent à se mobiliser en découvrant le vrai visage du Lyon-Turin : le « non au Lyon-Turin » s’affirme, le pseudo consensus pro Lyon-Turin se fissure. Des municipalités organisent,  parfois en lien avec les associations locales, des réunions ou sont adoptées des motions d’opposition aux priorités proposées par RFF, ou carrément au projet lui-même. Le collectif No Tav de Savoie soutenu par les Alternatifs, le NPA, la FA, Sud éducation à lui-même organisé des réunions publiques seul ou avec la FRAPNA ou encore ATTAC. Il a participé pratiquement à toutes les réunions de RFF et apporté son analyse et appelé à la mobilisation contre ce projet pharaonique inutile, dangereux et coûteux.

 

Ce projet lancé il y a 20 ans est issu du « schéma directeur des liaisons ferroviaires à grande vitesse » approuvé en décembre 1990 par le Conseil des Ministres de la Communauté Européenne. Il s’inscrit dans une perspective du développement des productions et d’échanges de marchandises doublé d’un réseau voyageurs G.V. à travers l’Europe dans le cadre du corridor européen n° 5 Lisbonne – Kiev.

 

DE L’ENQUETE AU DEBAT ET A LA MOBILISATION

Contrairement aux habitants du val de Suse qui ont opposé une résistance depuis de nombreuses années  au moindre coup de pioche du coté italien, les savoyards avaient jusqu’à maintenant soutenu très majoritairement ce projet initié par Louis Besson, ancien maire de Chambéry et ministre socialiste du logement et des transports du gouvernement Jospin. Quelques jours avant l’ouverture de l’enquête publique, étant président de l’agglomération de Chambéry, il avait réussi le tour de force de faire adopter une motion en faveur du projet à la quasi unanimité. Dés l’ouverture de l’enquête, retournement de situation de la part d’un grand nombre d’élus UMP  comme le député Dominique Dord ou la minorité UMP au conseil municipal de Chambéry. Ils remettent en cause les priorités fixées par la décision ministérielle signée par Nathalie Kosciusko-Morizet et Thierry Mariani qui  prévoit en phase 1 une ligne mixte voyageur et fret avant la ligne fret prévue en tunnel sous les massifs de Chartreuse, Belledonnes, Glandon. Or depuis 1997 la priorité était passée du TGV au fret ferroviaire  pour arrêter  la forte progression du transport routier et  on aurait pu penser que  la critique serait venue du PS, EELV et Front de Gauche.

Du coup les opposants des différentes  communes concernées se retrouvent aux cotés du collectif NO TAV Savoie qui mène un combat radical contre ce projet d’accompagnement  du libéralisme économique et productiviste très largement défendu par le réseau convergences des services publics, la CGT,  la majorité du front de gauche et EELV fidèle défenseur de ce projet. Il serait en train de changer comme la FASE qui vient de se positionner contre.

 

On assiste à une véritable  remise en cause du dogme simpliste qui qualifie d’écologique le simple transfert des personnes et marchandises de la route au rail. Encore faut-il tenir compte des impacts environnementaux de ce projet avec ses 150km de tunnels bitube, ses 50 millions de m3 de roches extraites, et  les espaces réservés au Lyon Turin (chantiers, dépôts, ouvrages à l’air libre et tunnels) affectant souvent des zones agricoles, naturelles ( humides, Natura 2000…) a priori inaccessibles à un tel projet d’aménagement. Mais le plus important est de se poser la question de la finalité des transports et de leur utilité. Sa réalisation participera de fait à l’augmentation des capacités de transport et donc de nuisances induites pour l’environnement et les territoires concernés. Il répond aux exigences de l’économie capitaliste productiviste avec le juste à temps, les délocalisations des productions, provoquant le dumping social et la concurrence entre les peuples. C’est cette critique que le collectif NO TAV Savoie avec les organisations qui le soutiennent (dont les Alternatifs) porte auprès de la population de plus en plus réceptive. 

 

ALTERNATIVES

Favorables à un alterdéveloppement équitable et solidaire au Nord comme au Sud, nous soutenons :

- le report modal  de la route au rail dans le cadre du service public régional, national et européen ;

- la relocalisation des productions et la pluriactivité des bassins d’emplois ; l’arrêt des transports inutiles

- une politique contraignante pour un réel transfert des marchandises de la route au rail avec taxation des poids lourds (Type RPLP Redevance Poids Lourds liée aux Prestations appliquée en Suisse)

- Une politique sociale européenne harmonisée vers le haut mettant fin à la concurrence entre les peuples.

 

Nous proposons des alternatives basées sur la diversification, l’optimisation et la modernisation des voies existantes et pour les habitants de Rhône Alpes  la réponse au besoin social en matière de transport ferroviaire doit porter essentiellement sur la fréquence, la desserte et l’intermodalité plutôt que sur la vitesse proposée par des TGV et TRGV.

 

D’une part le rapport de l’Autorité Environnementale, et celui de la Cour des Comptes ont montré les insuffisances socio-économiques du projet.

D’autre part les propositions ci-dessus comme l’expertise indépendante de 1997 ou le plan B actuel, montrent que des alternatives au LT sont possibles. Elles n’ont pas été retenues ni étudiées par RFF. Voilà pourtant des choix qui s’avèrent économes, sans bouleversements des vies et des territoires traversés et de mise en œuvre plus rapide d’autant que la capacité de la ligne actuelle est loin d’être saturée.

 

Les prochains mois seront déterminants pour imposer avec le plus grand nombre des choix plus respectueux des habitants, des besoins sociaux et de la qualité  environnementale des territoires.

 

Régis Moulard

 

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